Avertissement.

Chers lecteurs, parfois les textes se jouent des ordres que je voudrais pourtant leur donner et s'affichent dans des tailles variables, à leur gré. Je ne prétendrais pas exceller dans le print mais c'est moins catastrophique que dans le numérique!!!

dimanche 1 mars 2015

Les lingots de monsieur Tachot



Si le plomb n’est pas l’or, ces lingots ont pourtant une grande valeur. Et pour filer encore la métaphore de l’alchimiste, l’imprimeur en est un autre. Des insondables secrets du black art, Frédéric Tachot en détient certains et qu’il dévoile à ses visiteurs de tous âges et de tous horizons. Aussi, en lui rendant visite, je suis tout à la fois l’enfant de l’école d’à côté qui découvre ces fascinantes activités et l’amateur (guère plus averti) en formation pour mieux dispenser à mon tour quelques moments de l’impression typographique. Le maître des lieux est d’ailleurs sur un projet de livre depuis plusieurs années déjà et pour nous en dire plus encore sur l’origine de ces termes obscurs. De leurs origines mystiques et quasi ésotériques en passant par la religion – d’abord le judaïsme et la Thora avant même les querelles liées à la Reforme qui impactèrent les premiers temps de l’imprimerie – que révèlent les glyphes A G L A, et leur triangle renversé dans le haut de la casse… En même temps qu’il compose de grands calligrammes (typographiques s’entend) sur des poèmes d’Hugo.

Enfin, je lui rendais visite en famille pour montrer aux enfants les merveilles qu’il conserve – je ne peux pas ici en tenir l’inventaire, seulement vous y inviter – et pour glaner certaines sortes trop rares dans mes casses, notamment quelques ‘a commerciaux’ (ligature ad, arobase) bien utiles aujourd’hui pour les raisons Internet et dont il me céda quelques corps. Et puis il m’a offert une belle bassine pleine de lingots promis à la refonte mais dont je prolongerai un peu plus l’usage dans mes expériences. C’est qu’ils ne sont plus que deux à pouvoir fondre des caractères en Europe ! Si l’Imprimerie Nationale sait encore émettre des matrices, la noble institution ne peut plus fabriquer le matériel pour fournir les casses. Aussi, celui-ci est précieux quand on peut encore le sauver du recyclage en petits soldats de je ne sais quel corps d’infanterie napoléonienne.

Alors on a bu ses paroles et profité de ses sagesses. Il m’a parlé encore de ces machines sauvées ici et qui jadis pourrissaient dans les caves de mon lycée – on imprime toujours à Montereau mais en mouillant le papier. Quelle ironie d’ailleurs quand je m’apprête avec la complicité parfois de mes camarades d’industrie graphique à apporter de nouveau du plomb (prohibé ?) dans l’établissement ! Un cycle. Mes obédiences m’interdisent de parler de résurrection…

Je repars aussi avec des conseils pour mieux organiser mes affaires. Peut-être une association à créer pour encadrer mes projets de partage au sein du lycée voire ailleurs. Évidemment, je m’en ouvrirai sur le présent canal au fil des événements.

Un scoop enfin – mais on en parlait déjà aux Puces typo en mai 2014 avec une représentante de l’atelier Artegraf à Malesherbes – l’imprimeur Maury va ouvrir une sorte de musée ; on y trouvera certaines machines qui sont en ce moment à Saran et sans doute Frédéric Tachot pour former et accompagner les futurs animateurs du lieu.

 

Une matinée magique. Rare. Je me souviens de ce qu’une première rencontre avec Frédéric Tachot m’avait un peu plus précipité dans ces délires et passions typographiques. Cela fait à peine deux ans et j’ai donné corps depuis à ma lubie. Mais cette nouvelle visite éclaire encore l’étendue des choses à découvrir et à apprendre comme la plus grande humilité, le plus grand des respects pour cet homme, tout à la fois « meilleur ouvrier » et puits de science, artisan et écrivain ; un humaniste sans aucun doute.

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L’association Format typographique animée par Frédéric Tachot accueille sur rendez-vous à Saran, 45, dans la banlieue d’Orléans…

 

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